Mesure Glacier Arcouzan 2018


En Ariège, le glacier d’Arcouzan continue de grossir !

Six heures, vendredi matin, une troupe d’une petite trentaine de passionnés se réveille. Perchés à plus de 2 200 mètres d’altitude, ils s’apprêtent à quitter le refuge des Estagnous afin d’aller gravir les quelque 300 mètres de dénivelé qui les séparent de leur but : le glacier d’Arcouzan. De 2012 à 2014, puis en 2016, ils ont répété le même schéma. Ascension jusqu’au refuge la veille, 1 300 mètres de dénivelé, affublés de tout le matériel nécessaire à leur expédition et aux mesures du glacier qui leur est cher, de l’autre côté du mont Valier, qui culmine à 2 838 mètres d’altitude. Bénévoles, géomètres, glaciologues, de 14 à 80 ans, filles, garçons, ils ont pour la plupart l’habitude de se confronter à la haute montagne.
200 mètres de long

En ce vendredi matin de fin septembre, le soleil joue les prolongations, à leur grand bonheur, mais il n’est pas encore levé, il se cache derrière la crête qui domine le refuge. Coiffés de leur lampe frontale, les membres du groupe s’élancent. Moins de deux heures plus tard, ils peuvent admirer le lever du jour sur les sommets des Pyrénées ariégeoises depuis la crête. Quelques instants après, les voilà qui dominent le glacier d’Arcouzan en contrebas. Il est 9h30, une partie du groupe – une dizaine d’éléments – s’apprête à descendre, soutenu par une corde fixe, pour rendre visite à cette langue de glace que tire la montagne sur 200 mètres.

Parmi ses semblables, le glacier d’Arcouzan est sans doute l’un des plus modestes par la taille, mais il est aussi le plus résistant, c’est ce qui fait son charme.

Pendant que les géomètres plantent leurs repères, les glaciologues sondent la neige. Des carottes de glace sont remontées à la surface, elles seront analysées avec plus de profondeur dans les jours à venir, mais un premier constat s’impose : la surface sur laquelle s’étend l’Arcouzan a augmenté par rapport au dernier passage du groupe en 2016, comme ce fut le cas entre 2011 et 2014. Dans cette ère meurtrière pour les géants de glace, le plus petit, le plus isolé d’entre eux dans la chaîne pyrénéenne, résiste encore à l’envahissant réchauffement climatique.

Au bout d’une demi-journée, on comprend pourquoi. Il est à peine 13 heures que l’ombre a totalement recouvert la neige venue s’amonceler tout l’hiver sur la glace. Si la prochaine année hydrologique s’avère aussi clémente que la saison 2017-2018, une partie de cette neige sera devenue glace d’ici cinq à dix ans et viendra augmenter la profondeur du glacier.

L’après-midi est à son apogée quand la troupe décide d’amorcer son retour au refuge où les premiers résultats pourront être connus. Pendant que certains se réchauffent sous la douche ou avec un petit apéritif, d’autres continuent d’affronter le mercure en plongeant une tête dans le lac en contrebas.

L’heure du verdict arrive enfin et il est difficile à interpréter : les géomètres annoncent qu’en deux points, l’altitude de la glace qui sommeille sous la neige fraîche a baissé d’environ 4 mètres… «Pourtant, les glaciologues nous ont dit que le glacier avait grossi !» L’un n’empêche pas l’autre, serait-on tenté de dire. Même si les résultats définitifs ne sont pas encore connus, il se peut tout à fait que la surface du glacier ait augmenté sous l’effet d’une neige abondante cet hiver, mais que la glace en dessous ait diminué du fait de plusieurs saisons déficitaires par le passé.

Une chose est sûre : le glacier d’Arcouzan n’est pas près de disparaître et il fait figure d’exception à la règle dans ces Pyrénées où les membres de son espèce sont en voie d’extinction. Et d’ici deux ans, vers la fin du mois de septembre, ils seront encore une trentaine à pouvoir le constater.

Lucas Serdic (La Dépêche)

Photos: JS Rivère et T Rouaud

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